Rani Assaf et Reda Hammache en discussion
Rani Assaf et Reda Hammache en discussion (A. Dimou/Icon Sport)
Rani Assaf et Reda Hammache en discussion
Rani Assaf et Reda Hammache en discussion (A. Dimou/Icon Sport)

Ambitions et réalité(s)

Le constat est partagé par beaucoup : le Club gardois est dans une situation pour le moins très délicate et pas seulement du point de vue sportif. Mais quelles peuvent être alors les marges de manœuvre du Nîmes Olympique ?

Des comptoirs de bistrots nîmois jusqu’aux réseaux sociaux, qui n’a donc jamais entendu que Rani Assaf était « radin » ? L’un des paradoxes de sa présidence, quelle que soit l’issue de cette dernière, est qu’il aura consenti le plus gros investissement financier dans l’histoire du Club, tout en étant par ailleurs capable de rogner sur de minimes dépenses de fonctionnement voire même, parfois, de s’immiscer dans les négociations salariales. L’été dernier lors de sa venue dans nos studios, il nous confiait même avoir déjà étudié le coût de revient pour l’éclairage nocturne du centre d’entraînement.

Rani Assaf est-il vraiment si près, trop près de ses sous ?

Dès son arrivée à la tête du Club, d’abord en tant qu’actionnaire majoritaire sous la présidence de Christian Perdrier, puis en tant que président de plein exercice, la touche R. Assaf s’est faite sentir. D’un Club ronronnant, habitué à choyer les invités et les bénévoles, le Nîmes Olympique est progressivement devenu un Club particulièrement soucieux de ses finances, quitte à diminuer des postes de dépenses symboliques et sensibles aux yeux de certains suiveurs.

La tendance n’a fait que se confirmer avec la prise en main intégrale par Rani Assaf de la gestion du Club. Au début de sa présidence, ce dernier n’hésitait pas à présenter ses ambitions et sa politique de gestion sur un forum de supporters : il laissait dès lors et assez clairement entrevoir son appétence pour la formation et le trading, cette dernière étant une politique de détection de talents à haut potentiel de revente (en post-formation notamment). Face aux critiques, sa parole via ce biais de communication s’est néanmoins peu à peu faite plus rare, jusqu’à devenir inexistante.

En ce sens, et comme il l’avait expliqué dans un long entretien, la nomination à l’automne 2019 de Reda Hammache (sous Luis Campos, il est recruteur au LOSC, connu pour sa capacité à dénicher des joueurs prometteurs) au poste de directeur sportif s’inscrivait dans cette logique de trading. Selon Rani Assaf, il s’agirait de l’une des seules façons pour un club comme Nîmes, dans l’attente d’un nouveau stade et des revenus annexes que ce dernier générerait, d’équilibrer le budget. La saison 2020-2021 a débuté sur des bases tout aussi difficiles, que n’arrangent pas les incertitudes liées au versement des droits TV.

Rani Assaf et les maux de tête, une longue histoire
Rani Assaf et les maux de tête, une longue histoire (A. Dimou/Icon Sport)

Après une saison 2018-2019 exceptionnelle, le Nîmes Olympique a connu une fuite des talents et un début de saison 2019-2020 très compliqué. Profitant de la visibilité de cette première apparition en Ligue 1 depuis 25 ans, le NO conclut alors la plus grosse vente de son histoire avec le départ de Téji Savanier au MHSC pour environ 10M€. Résultait-il d’un besoin immédiat de trésorerie ? D’opportunités difficilement refusables comme le suggérait le directeur sportif de l’époque, Laurent Boissier ? Difficile de le savoir même si les deux hypothèses semblent être toutes les deux plausibles.

Pourtant alerte à tout type de situation, réputé malin et surtout amateur de football (il possède une loge au Parc des Princes), Rani Assaf n’en reste pas moins qu’un simple profane dans ce domaine. Critiqué par les supporters pour cette saignée en règle, il semble avoir été après coup plutôt mal conseillé qu’autre chose.

Premièrement parce que le départ du « GOAT » (oui, le Gitan Of All Time) pouvait laisser espérer une indemnité légèrement supérieure à la vue de l’offre de Séville, de son statut de meilleur passeur de Ligue 1 et de son âge encore assez jeune (reconnaissons que le prix de ce transfert restait élevé pour Nîmes et que le joueur avait une volonté irrévocable de rejoindre le MHSC). D’autre part, force est de constater que cet argent a quand même été en partie réinvesti dans des transferts dont les prix d’achat n’apparaissaient alors pas en lien avec la valeur réelle des joueurs recrutés (L. Fomba, S. Sarr, H. Duljevic, V. Stojanovski).

À l’inverse, les départs et les retombées économiques de l’époque posent question : soit conclus par des sommes peu élevées (U. Bozok, D. Bouanga), soit par des joueurs que le Club n’a jamais su renouveler (R. Alioui), soit par de nombreux retours de prêts qui, bien qu’ayant été concluants sportivement dans l’immédiat, ont mis en difficulté le Club la saison suivante en raison des différents postes majeurs à renforcer.

Une chose paraît ainsi frappante lorsque l’on relit les journaux parus à cette époque : une absence évidente de communication entre le président et son staff.

2020-2021, un contexte très singulier

Nîmes Olympique est le Club de Ligue 1 qui dépend le plus des droits de retransmission audiovisuelle. Ironie de l’histoire, il est probablement l’un des moins regardés par l’ensemble des téléspectateurs intéressés par le championnat.

Qui blâmer ? R. Assaf, qui n’aurait pas su s’entourer de partenaires dans le tissu économique local ni même d’homme de confiance pour le guider dans sa politique sportive ? Pour la première affirmation, voilà bien une chose que l’on n’enlèvera pas à l’ancien président Jean-Louis Gazeau malgré ses maigres résultats et ses multiples échecs obtenus en 12 ans de gestion : la capacité à mobiliser, derrière le Club, un tissu d’entrepreneurs et de partenaires locaux. Sans doute pas pour des sommes mirifiques, mais le symbole était là.

Malgré sa dépendance aux droits TV, on ne peut que se féliciter que le Club n’ait pas entrepris de dépenser des sommes incohérentes par rapport à ses recettes.

Faut-il pour autant juger la politique de sponsoring de Rani Assaf sans savoir ce qu’elle rapporte comptablement ? Les arguments selon lesquels il est difficile d’attirer des partenaires de haut niveau dans un stade dépassé ne permettant pas de recevoir les VIP dans de bonnes conditions paraissent cohérents. Pour autant, l’hostilité d’une partie du monde économique gardois envers R. Assaf (qu’elle soit motivée par sa vision économique ou parfois – et c’est plus embarrassant –, d’être étranger au microcosme nîmois) est indéniable.

Mais au-delà des contributions, peut-être substantielles pour certaines, qui auraient pu abonder le budget du Club pour l’année 2020-21, la question de l’absence des droits TV est prégnante. Et il paraît difficile de prétendre que le modèle de gestion de R. Assaf, si critiquable ou discutable soit-il, y soit pour quelque chose. Tous les clubs français font face à une absence inattendue de ressources (pas que financières). Des ressources récurrentes, budgétées année après année, qui s’évanouissent suite au choix d’un diffuseur qui n’a presque rien payé mais continue à diffuser les rencontres. Et si Nîmes est proportionnellement très exposé, du fait de sa dépendance aux droits TV, on ne peut que se féliciter que le Club n’ait pas entrepris de dépenser, notamment sur les transferts, des sommes incohérentes par rapport à ses recettes (le cas de Lorient cet été est frappant).

Limoger l’entraîneur serait-il donc l’ultime solution ?

Pour l’employeur, licencier un salarié revient à s’exposer à une procédure contentieuse. Et qui dit procédure contentieuse dit risque de devoir régler des indemnités de licenciement. Dans le contexte d’un club présenté comme quasi exsangue, quelles sont objectivement les marges de manœuvre de Rani Assaf ?

Sortir de l’argent de sa poche pour éventuellement renflouer les trous ? L’intéressé n’a pas vraiment montré son admiration pour le mythe du tonneau des Danaïdes. Tenter le tout pour le tout et recruter des jokers de haut niveau ? Outre la question de l’indemnité de transfert se poserait celle de la soutenabilité économique (car il faudrait payer les salaires en cas de descente dans l’hypothèse d’un contrat long de plus de 6 mois) dans le contexte actuel qui, rappelons-le, a mis les droits TV, principales ressources d’un grand nombre de clubs processionnels, sous l’éteignoir.

À Nîmes, depuis 1991 et en douze occurrences, le fait de « virer » un entraîneur en gardant le même effectif a marché une fois sur deux.

En excluant l’idée de l’indemnité de licenciement qui serait servie à ce dernier, se poserait la question du recrutement d’un coach expérimenté de L1 : d’une part, il ne semble pas être financièrement dans les cordes du NO actuellement et d’autre part, rien n’indique qu’un tel profil rentre vraiment dans les critères choisis par R. Hammache, plus adepte en la matière de choix originaux (mais non pas moins sérieux).

D’où probablement la récente nomination de Pascal Planque en tant qu’adjoint. Demandée depuis près d’un an, son arrivée n’avait pas pu aboutir auparavant faute d’accord avec le président pour conclure cette dernière. Celle-ci pourra-t-elle apaiser un groupe qui en a besoin ? Le match au Stade Vélodrome de ce samedi pourrait donner une première réponse à cette question urgente.

Comme pour le départ de B. Deplagne, ce choix n’a pu être que validé par un président prouvant qu’il reste encore actif dans la gestion du Club. Malgré tout, ce choix semble résulter avant tout d’une volonté du directeur sportif (ils se connaissent suite à des expériences dans des clubs en commun). Simple adjoint conseiller de l’entraîneur ou bien numéro 1 bis prêt à prendre le relais si la série de mauvais résultats se poursuivait ? C’est là où les prochains résultats pourraient répondre à cette épineuse question. Autre interrogation dans le cas où la deuxième option venait à se confirmer, comment la cohabitation pourrait-elle se dérouler dans le futur entre les deux hommes ?

J. Arpinon gardera-t-il la confiance de son président ?
J. Arpinon gardera-t-il la confiance de son président ? (A. Dimou/Icon Sport)

Au-delà de simples aspects financiers, Rani Assaf a aussi toujours accordé sa confiance à Jérôme Arpinon comme ce dernier l’a rappelé récemment. Le choix de le placer en numéro 1 du Club lui incombant grandement, le licencier ne reviendrait-il pas à concéder une erreur personnelle de casting ? Considère-t-il également, comme il l’avait fait pour Bernard Blaquart la saison dernière, qu’un licenciement d’entraîneur n’apporte rien de vraiment sûr par la suite ? Les statistiques ne sauraient lui donner tort ni raison : à Nîmes, depuis 1991 et en douze occurrences, le fait de « virer » un entraîneur en gardant le même effectif a marché une fois sur deux.

Sa gestion distante du Club le tient, statistiquement parlant, autant à l’écart des rumeurs infondées colportées par quelques supporters impartiaux que d’éventuelles pratiques liées au monde des agents. Malgré les relances qui lui sont données en interne, on peut l’imaginer à coup sur regardant les choses de loin en gardant son cap et sans s’alarmer outre-mesure de la situation d’un Club qu’il avait repris aux portes de la relégation en National.

Lui garde en tout cas l’objectif d’un stade dont l’intérêt sportif ne pourrait que diminuer à mesure d’une éventuelle dégringolade du Nîmes Olympique. L’équipe est aujourd’hui dernière mais compte peu de retard sur les 19e et 18e. La situation est très mal engagée, mais elle n’est pas catastrophique. Pourtant, d’un point de vue extérieur, l’inquiétude des supporters tranche nettement avec le mutisme du club.

À lire aussi

Blaquart, Assaf et Arpinon réunis en juin 2019 à La Bastide (Icon Sport)
Nîmes, ton microcosme impitoyable

Contesté pendant plusieurs mois tant en interne que par les supporters du Nîmes Olympique, Jérôme Arpinon aura tenu jusqu’à fin janvier. Couvert par les diverses strates du microcosme nîmois, ses limites managériales et tactiques auront eu raison de sa place dans un Club qui lui a signifié ne plus vouloir collaborer avec lui. Un soulagement pour toutes les parties, y compris l’entraîneur mis à pied.

Lire la suite →
Rani Assaf au Stade Vélodrome
Ceux qui mouillent le maillot

Livide offensivement, frileux défensivement, le Nîmes Olympique inquiète sur le terrain depuis plusieurs mois. Cette apathie se caractérise par une direction absente et des fautifs pas forcément toujours bien caractérisés.

Lire la suite →
Blaquart, Assaf et Arpinon réunis en juin 2019 à La Bastide (Icon Sport)

Nîmes, ton microcosme impitoyable

Contesté pendant plusieurs mois tant en interne que par les supporters du Nîmes Olympique, Jérôme Arpinon aura tenu jusqu’à fin janvier. Couvert par les diverses strates du microcosme nîmois, ses limites managériales et tactiques auront eu raison de sa place dans un Club qui lui a signifié ne plus vouloir collaborer avec lui. Un soulagement pour toutes les parties, y compris l’entraîneur mis à pied.

Lire la suite →
Rani Assaf au Stade Vélodrome

Ceux qui mouillent le maillot

Livide offensivement, frileux défensivement, le Nîmes Olympique inquiète sur le terrain depuis plusieurs mois. Cette apathie se caractérise par une direction absente et des fautifs pas forcément toujours bien caractérisés.

Lire la suite →